Pourquoi Rue Fromentin?

Les Editions Rue Fromentin sont passées par beaucoup de noms, évidemment, et de patientes recherches à l’INPI, ont finalement éliminé les Editions de l’Enseigne, du Deuxième Souffle, Incipit, Fairmont (mon nom préféré, à cause de Frenchy Fairmont, dans l’Ange des Maudits de Fritz Lang).

Pourquoi Rue Fromentin, alors?

Pendant un temps, cette rue a abrité un disquaire formidable. A mon grand dam, il est parti s’exiler du côté de Bastille (Vinyle Office, rue Trousseau, les disques sont toujours là). Juste avant qu’il ferme, j’y ai trouvé le même jour « Kinda Kinks » et « This is my country », un signe forcément.

Les rues du neuvième qui bordent Pigalle sont je crois mon quartier préféré de Paris. Il y a les boulevards de Pigalle, la place Clichy, ou le cimetière de Montmartre tout proche. Plus encore c’est un des rares quartiers à n’avoir pas trop changé, je trouve, depuis qu’André Breton, ou Paul Léautaud y habitaient, et leur ombre, celle de Degas, ou de Daniel Halévy traînent encore du côté de la rue Bréda, ou de l’avenue Frochot.

Et enfin, si tout cela ne suffisait pas, Eugène de Fromentin, peintre à demi oublié, a signé un roman incroyable : « Dominique », qui se hisse sans peine au niveau de « l’Education Sentimentale », ou de certaines pages de Stendhal.

Voilà le texte que j’avais écrit, au moment de ma première lecture (sur mon ancien blog : les Fleurs de Tarbes):

« Pendant longtemps, Dominique de Fromentin a traîné dans ma bibliothèque, estampillé « petit roman du XIXème », qu’à l’instar de l’Obermann de Senancour ou du Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, il fallait bien que je lise un jour.

Je finis par ouvrir ces livres qui dorment sur les étagères lorsqu’un avis suffisamment enthousiaste lu ou entendu m’y décide, c’est ainsi que j’ai dévoré La Foire aux Vanités de Thackeray, qui attendait son heure depuis des années, sur les conseils enthousiastes d’une amie, ou que finalement j’ai commencé un jour ou l’autre la plupart des livres qui ont compté pour moi. Mais pour Dominique, rien, le pur hasard. Et dès les premières pages – ce ton désabusé mais bienveillant, j’ai su que ce livre méritait mieux que son sujet, qui le portait à tomber dans les tartes à la crème du romantisme plaintif que je déteste, jugez en par vous même : un jeune homme rêveur vit une passion impossible avec une femme mariée, on pouvait s’attendre vraiment au pire. Et le pire est évité tout le temps, grâce à un je ne sais quoi, un détachement, une forme de lucidité supérieure, une élégance, qui tiennent à la structure de l’histoire : leurs amours malheureuses ne mèneront nos héros ni au drame, ni à la mort, mais au contraire Dominique finira par mener une vie sereine dans ses terres, au milieu de cette nature qu’il aime tant. Cette sérénité qui est celle de l’âge adulte, où l’on connaît le prix de ce que l’on a pu perdre plus jeune, prix à payer pour notre bonheur actuel, teinte de mélancolie, et d’une lumière feutrée les premières et dernières pages du livres, qui sont magnifiques. Et la beauté de ce texte vient de cent détails : ces scènes de campagnes mélancoliques sans être tristes- qui font penser à Ruysdael, le caractère soudain d’une séparation pourtant provoquée cent fois, le regard que le héros porte sur la femme qu’il aime lorsqu’elle dort, l’importance de l’oubli et du souvenir. « 

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